Cette colonne qui avait rencontré Lodoïska et Jacques Mérey, cette colonne qui s'avançait jetant l'insulte et la menace aux girondins, se rendait à l'imprimerie de Gorsas, rédacteur en chef de la Chronique de Paris, celui-là même qui avait annoncé, comme nous l'avons dit, que Liége n'était pas prise par les Autrichiens, au moment où les Liégeois proscrits, fugitifs, se répandaient dans les rues de Paris, augmentant par leur présence la haine que l'on portait aux girondins.
Les émeutiers déchirèrent les feuilles déjà tirées, brisèrent les presses, dispersèrent les caractères et pillèrent les ateliers.
Quant à Gorsas, un pistolet à chaque main, il passa inconnu au milieu des assassins qui demandaient sa tête, agitant ses pistolets et criant comme les autres:
—Mort à Gorsas!
À la porte, il trouva un flot de peuple si épais qu'il craignit d'être reconnu par les imprimeurs de quelque autre presse; il se glissa dans une cour par une porte entrouverte qu'il ferma derrière lui, puis il sauta par-dessus le mur de cette cour, et s'en alla droit à la section dont il faisait partie.
La section résolut d'aller avec lui porter plainte à la Convention.
Pendant ce temps-là, les émeutiers décidaient d'en faire autant chez Fiévée, qui, comme Gorsas, publiait une feuille girondine.
Comme chez Gorsas, tout fut pillé, brûlé, jeté à la rue.
La colonne dévastatrice ne comptait pas se borner là. Elle alla à la Convention pour y demander la mort de trois cents députés. On sentait Marat derrière toutes ces demandes. Marat prévoyait toujours par chiffres.
Mais voilà que, tandis que les émeutiers entraient d'un côté, Gorsas et les membres de la section entraient par l'autre comme accusateurs. Gorsas, tenant toujours ses deux pistolets à la main, s'élança à la tribune.