Il fallait que les soldats français le vissent au milieu des Autrichiens, fraternisant avec eux, pour que les armes leur tombassent des mains, pour que la confiance leur échappât du cœur.

Mais, avant que le jour se fût fait sur cette âme douteuse, avant que Danton l'eût rejoint, Dumouriez avait été contraint par l'ennemi, qui avait cinquante mille hommes et qui lui en savait trente-cinq mille seulement, Dumouriez avait été contraint par l'ennemi d'accepter la bataille.

La bataille fut une défaite. Elle s'appela Nerwinde, du nom du village où avait eu lieu l'action la plus meurtrière. Pris et repris trois fois, et la troisième fois par les Autrichiens, Nerwinde était un charnier de chair humaine, des rues duquel il fallut enlever quinze cents morts.

La disposition du terrain avait beaucoup de ressemblance avec celui de Jemmapes.

Le plan fut le même.

Miranda, un vieux général espagnol, calomnié par Dumouriez, devenu Français par amour de la liberté et qui devait redevenir Espagnol pour aider Bolivar à fonder les républiques de l'Amérique du Sud, Miranda commandait la gauche.

C'était la position de Dampierre à Jemmapes.

Le duc de Chartres, comme à Jemmapes, commandait le centre, le général Valence, le gendre de Sillery-Genlis, commandait la droite.

De même qu'à Jemmapes on avait laissé écraser Dampierre jusqu'à ce que le moment fût venu de faire donner le duc de Chartres pour décider le succès de la bataille, de même, à Nerwinde, on devait laisser écraser Miranda jusqu'à ce que Valence, vainqueur à droite, et le duc de Chartres, vainqueur au centre, revinssent délivrer Miranda.

Mais le hasard fit que, dans l'armée que Dumouriez avait en face de lui, il y avait aussi un prince.