C'était le prince Charles, fils de l'empereur Léopold, qui, lui aussi, faisait ses premières armes et à la popularité duquel il fallait une victoire.
La supériorité du nombre la lui assura.
Miranda, qui, dans le plan de bataille, devait occuper Leave et Osmaël, en était maître vers midi. Mais c'est alors que Cobourg, pour ménager une victoire au prince Charles, avait poussé contre Miranda colonnes sur colonnes.
La plus forte partie du corps français commandé par le général espagnol se composait de volontaires qui, voyant ces masses profondes marcher vers eux, se débandèrent, entraînant le général jusqu'à Tirlemont, malgré ses efforts surhumains pour les arrêter.
Dumouriez, vers midi, avait eu l'annonce de la victoire de Miranda, mais il n'avait eu aucune nouvelle de sa défaite. Le bruit que faisait son propre canon l'empêchait de calculer le progrès ou le décroissement du canon des autres.
Enfin, la journée finie, chassé de Nerwinde, n'ayant plus que quinze mille hommes autour de lui, il comptait s'appuyer aux sept ou huit mille hommes de Miranda.
Mais, des sept ou huit mille hommes de Miranda, il ne restait plus que quelques centaines de fuyards.
Dumouriez apprend la défaite de son lieutenant au moment où, croyant la journée finie, il venait de mettre pied à terre. Il remonte à cheval, et, accompagné de ses deux officiers d'ordonnance, Mlles de Fernig, suivi de quelques domestiques seulement, part au galop, échappe par miracle aux uhlans qui battent la campagne, arrive à minuit à Tirlemont; il y trouve Miranda presque seul, épuisé des efforts qu'il a faits.
C'est de Tirlemont qu'il donne des ordres pour la retraite.
Dès le lendemain, Dumouriez opérait cette retraite, et Cobourg avoue lui-même dans son bulletin, justifiant le mot de Danton, que si Dumouriez avait perdu la tête comme politique, il ne l'avait pas perdue comme général, que cette retraite fut un chef-d'œuvre de stratégie.