Les deux hommes se serrèrent la main. Danton avait conservé sa voiture. Jacques s'était mis à la fenêtre pour le suivre des yeux; il l'entendit donner l'ordre au cocher de le conduire à Sèvres, et, regardant le cabriolet s'éloigner vers le guichet du bord de l'eau:

—Il est heureux, murmura-t-il, il va revoir son Éva.

Jacques Mérey avait dit vrai; jamais la Convention n'avait été plus tumultueuse. Danton était parti le 16, il revenait le 29. Pendant cet espace de temps, si court qu'il fût, une lumière s'était faite en quelque sorte d'elle-même: personne ne doutait plus de la trahison de Dumouriez. La lettre n'avait pas été lue, nulle preuve n'était arrivée, ses entrevues avec Mack étaient encore ignorées, et cette grande voix qui n'est que celle du bon sens public, après l'avoir dit tout bas, disait tout haut:

—Dumouriez trahit.

Le 1er avril, les amis de Roland, qui recevaient leur inspiration de sa femme bien plus encore que de lui, arrivèrent furieux à la Chambre. Ils avaient appris qu'on avait saisi les papiers de l'ex-ministre.

Il y avait une chose singulière, c'était, à la droite comme à la gauche, un député envoyé par le Languedoc.

Le Languedoc avait envoyé à la Chambre, nous le répétons, deux ministres protestants, deux vrais Cévenols, aussi amers, aussi âpres, aussi violents l'un que l'autre.

À la droite, c'était Lassource, un girondin;

À la gauche, c'était Jean Bon Saint-André, un montagnard.

Au moment où Danton entra, Lassource était à la tribune, il annonçait que Danton et Lacroix, arrivés depuis l'avant-veille, n'avaient point encore paru, qu'on avait pu le voir à la Chambre. Que faisaient-ils? pourquoi cette absence de vingt-quatre heures dans de pareils moments?