Évidemment il y avait un secret là-dessous.
—Voilà, disait Lassource, voilà le nuage qu'il faut déchirer.
En ce moment, nous l'avons dit, Danton entrait. Mais, arrivé à sa place, au lieu de s'asseoir, soupçonnant qu'il était question de lui, il resta debout. C'était debout que le Titan voulait être foudroyé.
Lassource le vit se dressant devant lui comme une menace; mais, loin de reculer, il fit un geste désignateur.
—Je demande, dit-il, que vous nommiez une commission pour découvrir et frapper le coupable; il y a assez longtemps que le peuple voit le trône et le Capitole; il veut maintenant voir la roche Tarpéienne et l'échafaud.
La Montagne et la gauche gardèrent le silence.
—Je demande de plus, continua Lassource, l'arrestation d'Égalité et de Sillery. Je demande enfin, pour prouver à la nation que nous ne capitulerons jamais avec un tyran, que chacun de nous prenne l'engagement solennel de donner la mort à celui qui tenterait de se faire roi ou dictateur.
Et, cette fois, l'Assemblée tout entière se levant, Gironde comme jacobins, Plaine comme Montagne, droite comme gauche, chacun, avec un geste de menace, répéta le serment demandé par Lassource.
Pendant le discours de Lassource, tous les yeux avaient été un instant fixés sur Danton. Jamais peut-être sa figure bouleversée n'avait en si peu de minutes parcouru toutes les gammes de la physionomie humaine. On avait pu y lire d'abord l'étonnement d'un orgueil qui, tout en prévoyant cette attaque, la regardait comme impossible; la colère qui lui soufflait tout bas de bondir sur cet ennemi qui n'était qu'un insecte comparé à lui; puis le dédain d'une popularité qui croyait pouvoir tout braver. L'esprit, à le regarder, se troublait comme l'œil à plonger dans un abîme; puis, quand Lassource eut fini, il se pencha vers la Montagne, en murmurant à demi-voix: