—Les scélérats! ce sont eux qui ont défendu le roi et c'est moi qu'ils accusent de royalisme!
Un député nommé Delmas l'avait entendu:
—N'allons pas plus loin, dit-il, l'explication qu'on provoque peut perdre la République; je demande qu'on vote le silence.
Toute la Convention vota le silence; Danton sentit qu'en ayant l'air de l'épargner on le perdait.
Il bondit à la tribune, renversant ceux qui voulaient s'opposer à son passage; puis, une fois arrivé sur cette chaire aux harangues où il venait d'être attaqué si rudement:
—Et moi, dit-il, je ne veux pas me taire; je veux parler!
La Convention tout entière subit son influence, et, malgré le vote qu'elle venait de rendre, elle écouta.
Alors, se tournant du côté de la Montagne et indiquant du geste qu'il s'adressait aux seuls montagnards:
—Citoyens, dit-il, je dois commencer par vous rendre hommage. Vous qui êtes assis sur cette Montagne, vous aviez mieux jugé que moi; j'ai cru longtemps que, quelle que fût l'impétuosité de mon caractère, je devais tempérer les moyens que la nature m'a départis, pour employer dans les circonstances difficiles où m'a placé ma mission la modération que les événements me paraissaient commander. Vous m'accusiez de faiblesse, vous aviez raison, je le reconnais devant la France entière. C'est nous qu'on accuse, nous faits pour dénoncer l'imposture et la scélératesse, et ce sont les hommes que nous ménageons qui prennent aujourd'hui l'attitude insolente de dénonciateurs.
»Et pourquoi la prennent-ils? Qui leur donne cette audace? Moi-même, je dois l'avouer! Oui, moi, parce que j'ai été trop sage et trop circonspect; parce que l'on a eu l'art de répandre que j'avais un parti, que je voulais être dictateur; parce que je n'ai point voulu, en répondant jusqu'ici à mes adversaires, produire de trop rudes combats, opérer des déchirements dans cette Assemblée. Pourquoi ai-je abandonné aujourd'hui ce système de silence et de modération? Parce qu'il est un terme à la prudence, parce que, attaqué par ceux-là mêmes qui devraient s'applaudir de ma circonspection, il est permis d'attaquer à son tour et de sortir des limites de la patience. Nous voulons un roi! eh! il n'y a que ceux qui ont eu la lâcheté de vouloir sauver le tyran par l'appel au peuple qui peuvent être justement soupçonnés de vouloir un roi. Il n'y a que ceux qui ont voulu manifestement punir Paris de son héroïsme, en soulevant contre Paris les départements; il n'y a que ceux qui ont fait des soupers clandestins avec Dumouriez quand il était à Paris; il n'y a que ceux-là qui sont les complices de sa conjuration!