Et, à chaque période, on entendait les trépignements de la Montagne et la voix de Marat qui, à chacune de ces insinuations:

—Entends-tu, Vergniaud? entends-tu, Barbaroux? entends-tu, Brissot?

—Mais nommez donc ceux que vous désignez! crièrent Gensonné et Guadet à l'orateur.

—Oui, dit Danton; et je nommerai d'abord ceux qui ont refusé de venir avec moi trouver Dumouriez, parce qu'ils eussent rougi devant leur complice; je nommerai Guadet, je nommerai Gensonné, puisqu'ils veulent que je parle.

—Écoutez! répéta Marat de sa voix aigre et criarde; et vous allez entendre les noms de ceux qui veulent égorger la patrie!

—Je n'ai pas besoin de nommer, reprit Danton, vous savez bien tous à qui je m'adresse; je terminerai par un mot qui contient tout. Eh bien! continua-t-il, je dis qu'il n'y a plus de trêve possible entre la Montagne, entre les patriotes qui ont voté la mort du tyran et les lâches qui, en voulant le sauver, nous ont calomniés par toute la France!

C'était ce que la Montagne attendait si impatiemment et depuis si longtemps.

Elle se leva comme un seul homme et poussa une longue exclamation de joie; la mise en accusation des girondins, de ces éternels réprobateurs du sang, venait d'être lancée par celui-là même qui avait essayé si longtemps la réconciliation de la Montagne et de la Gironde.

—Oh! je n'ai pas fini, cria Danton en étendant le bras; qu'on me laisse parler jusqu'au bout.

Et le silence se rétablit aussitôt, même sur les bancs de la Gironde, silence frémissant et plein de colère, mais qui, fidèle jusqu'au bout à son obéissance à la loi, laissait parler sans l'interrompre le tribun qui l'accusait, par cela même que c'était à lui la parole.