La veille, le général Leveneur, qui avait suivi La Fayette dans sa fuite et que Dumouriez avait pris auprès de lui, vint lui demander la permission, sous prétexte de santé, de se retirer de l'armée.
Le général la lui accorda aussitôt.
Même permission était accordée au général Stetenhoffen.
Enfin il apprenait que Dampierre, le général Charnel, les généraux Rosière et Kermowant avaient donné parole aux commissaires de rester fidèles à la Convention.
Toutes ces nouvelles étaient désespérantes, du moment où l'on sait quel était le projet de Dumouriez.
Ce projet, que je ne trouve dans aucun historien et qui cependant avait bien son importance, était celui-ci:
Depuis longtemps Dumouriez se fût déclaré rebelle et eût marché sur Paris, en supposant que ses soldats eussent voulu le suivre, ce dont il commençait à douter, s'il n'eût été arrêté par la crainte que cette marche ne fût fatale au reste de la famille royale enfermée au Temple.
Voici ce qui avait été arrêté à Tournai entre lui et les généraux de Valence, Chartres et Thouvenot.
Le colonel Montjoye et le colonel Normann devaient être envoyés en France sous prétexte d'arrêter la fuite des déserteurs de l'armée; ils auraient pour le ministre de la Guerre Beurnonville des dépêches qui annonceraient leur séjour à Paris pendant deux ou trois jours. Ils devaient, la veille de leur départ, envoyer leurs trois cents hommes à Bondy, puis la nuit suivante arriver par le boulevard du Temple, enfoncer la garde, entrer au Temple, enlever en croupe les quatre prisonniers, retrouver dans la forêt une voiture, et les mener à toute bride jusqu'à Pont-Sainte-Maxence, où un autre corps de cavalerie les recevrait, puis les conduirait à Valenciennes et à Lille.
Mais pour cela il fallait être sûr de Lille ou de Valenciennes, et Dumouriez venait d'apprendre que les deux villes tiendraient pour la Révolution.