Alors Beurnonville alla reprendre son rang parmi les commissaires.
—Et moi, dit-il à son tour, je t'ordonne de m'arrêter avec mes compagnons, pour qu'on ne croie pas que je pactise avec toi et que, comme toi, j'ai trahi la nation!
—C'est bien, dit Dumouriez, arrêtez-le avec les autres; seulement, ayez les plus grands égards pour lui et laissez-lui ses armes.
Les quatre commissaires et le ministre arrêtés furent conduits dans la chambre voisine. Là on leur servit à dîner pendant qu'on attelait la voiture qui devait les conduire prisonniers à Tournai.
Dumouriez recommanda de nouveau les plus grands égards pour le général Beurnonville; puis il écrivit une lettre au général Clerfayt, lui mandant qu'il lui envoyait des otages qui répondraient des excès auxquels on pourrait se livrer à Paris.
Une heure après, la voiture partait, escortée de ces mêmes hussards de Berchiny qui avaient, le 13 juillet 1789, chargé dans le jardin des Tuileries.
En même temps que les commissaires de la Convention partaient pour Tournai sous escorte, Dumouriez envoyait le colonel Montjoye pour prévenir Mack de ce qui s'était passé, et pour le prier de hâter une entrevue entre lui, le prince de Cobourg et le prince Charles.
La journée du lendemain se passa sans que l'événement du 2 eût fait grand bruit et fût bien connu de l'armée. Mais cependant, dans l'après-midi du 3, le mot de traître commença de circuler.
Dumouriez voulait s'assurer de Condé afin d'en purger la garnison, de réunir dans cette ville tous ceux de son armée, soldats ou généraux, qui voudraient s'attacher à sa fortune, et de Condé, avec une armée mixte, autrichienne et française, marcher sur Paris.
La réponse du général Mack avait été que le 4 au matin le prince Cobourg, l'archiduc Charles et lui se trouveraient entre Boussu et Condé, où le général se rendrait de son côté, et que là on conviendrait du mouvement à imprimer aux deux armées.