Les volontaires seuls restaient menaçants et sombres.

—Mes amis, dit Dumouriez, passant sur le front de la ligne, je viens de faire la paix; nous allons à Paris arrêter le sang qui coule.

Quand les soldats sont en paix, ils demandent la guerre; mais bientôt las, quand la guerre est malheureuse, ils demandent la paix. Cette nouvelle, annoncée par Dumouriez, que la paix était faite, produisit une grande impression.

Il était alors en face du régiment de la couronne, et il embrassait un officier qui s'était distingué à la bataille de Nerwinde.

Un jeune homme sortit alors des rangs, un fourrier nommé Fichet; il vint se placer à la tête du cheval de Dumouriez, et, montrant du doigt les Autrichiens qui l'accompagnaient:

—Qu'est-ce que ces gens-là? dit-il à Dumouriez. Et qu'est-ce que ces lauriers qu'ils portent à leurs bonnets? Viennent-ils ici pour nous insulter?

—Ces messieurs, dit Dumouriez, sont devenus nos amis; ils formeront notre arrière-garde.

—Notre arrière-garde! reprit le jeune fourrier, ils vont entrer en France! Ils fouleront la terre de France! Nous sommes bien assez de trente millions de Français pour faire la police chez nous! Des Autrichiens sur la terre de la République, c'est une honte, c'est une trahison! Vous allez leur livrer Lille et Valenciennes! Honte et trahison! répéta-t-il à haute voix.

Ces deux mots, honte et trahison, coururent comme une traînée de poudre sur toute la ligne; Dumouriez fut ajusté. Le fusil détourné fit long feu. Un bataillon tout entier le mit en joue.

Dumouriez sentit qu'il était perdu, il piqua son cheval des deux pieds et s'éloigna au galop. Les Autrichiens le suivirent. Ils avaient tracé entre lui et la France un abîme que jamais il ne put franchir.