Des bandes, lancées dans les rues par Hébert, par Chaumette, par Guzman, par Varlet, les unes armées de piques, les autres de sabres, quelques-unes de haches, toutes portant des torches, passaient en criant: «Mort aux traîtres! Mort aux girondins! Mort aux complices de Dumouriez!»

Sur la place des Victoires, il rencontra une de ces bandes et n'eut que le temps de se jeter dans la rue Bourbon-Villeneuve; mais, en arrivant à la rue Montmartre, il vit une autre bande avec des torches qui descendait de la rue des Filles-Dieu; il se jeta dans la rue de Cléry, mais, à peine y fut-il, que, au coin de la rue Poissonnière, apparut une autre bande qui barra complètement le chemin.

Tout cela marchait vers la Convention.

Celle-là se composait de maratistes qui criaient: «Vive l'ami du peuple!»

Être girondin et tomber dans les mains des maratistes, c'était être massacré à coup sûr, et, depuis qu'il possédait l'adresse d'Éva, depuis qu'il avait l'espérance de la retrouver, Jacques Mérey ne voulait plus mourir.

Essayer de passer à travers cette bande sans être reconnu était une chose impossible, revenir sur ses pas était chose dangereuse.

Une de ces malheureuses créatures qui se tiennent le soir sur le seuil d'une porte entrouverte, et qui, sans comparaison avec la Galatée de Virgile, fuient cependant comme elle pour être poursuivies, disparut dans son allée. Jacques Mérey s'y élança derrière elle, mais, au lieu de la suivre dans l'escalier tortueux, repoussa la porte.

La femme se rapprocha de lui.

—Ah! ah! citoyen, dit-elle, il paraît que tu n'es pas de la même opinion que tous ces criards-là, qui empêchent les pauvres filles de faire leur métier.

—Silence! dit Jacques en tirant de sa poche un assignat de cent francs et en le glissant dans la main de la fille.