Elle écarta les bras et elle aspira cet air tout chargé d'électricité avec un bonheur que trahissait la sensualité de sa pose et de son visage.
Ses traits s'illuminaient comme si elle eût été en communication avec la flamme céleste.
On eût dit que l'orage se répercutait dans cette chétive créature et doublait ses forces.
En ce moment, et comme le docteur la laissait maîtresse absolue de ses actions, elle se dirigea vers l'orgue, l'ouvrit, et, d'une manière incomplète sans doute, mais suffisante pour en reconnaître le principal motif, elle joua le fameux air de Cimarosa, devenu son air favori.
Le docteur écoutait dans l'étonnement, presque dans l'admiration; il ignorait, ce qui a été reconnu depuis, les aptitudes étranges des facultés instinctives qu'ont certains individus, et particulièrement les fous, pour la musique.
Et, en effet, c'est Gall qui, le premier, a signalé des individus qui, sans maîtres aucuns, étaient nativement des musiciens, des dessinateurs, des peintres.
En peinture, Giotto et Corrège avaient donné un exemple, dont les autres, plus tard, donnèrent la preuve.
Un des hommes qui ont le mieux et le plus étudié la folie et surtout l'idiotisme, M. Morel, de Rouen, me racontait avoir connu des imbéciles, des idiots véritables, qui exécutaient à première vue la musique la plus difficile, mais qui ne jouaient pas avec plus de compréhension, plus de sentiment, plus d'âme, ce morceau la centième fois que la première; leur talent était le résultat d'un instinct inné, d'une aptitude naturelle, d'une certaine disposition artistique qui doit faire admettre les localisations cérébrales, sans que l'on puisse dire au juste dans quelle case du cerveau est nichée telle ou telle faculté; et la preuve que tout cela n'est qu'instinct, c'est que, comme nous l'avons dit, ces individus-là ne progressent point et restent toujours au même degré, ne peuvent rien inventer et rien perfectionner.
C'est un pur instinct qui naît et qui meurt avec eux.
Il y a parmi les hommes les mêmes dispositions qu'entre les animaux, et c'est une conséquence de cette logique absolue de la nature, qui ne laisse pas plus d'intervalle dans la chaîne physique des corps que dans l'échelle des intelligences.