—Que voulez-vous, docteur, à la grâce de Dieu!
Puis les deux hommes allaient faire un tour ensemble dans la forêt. Après que le docteur avait eu soin de laisser sa bourse à la vieille mère, il tuait un ou deux lièvres, trois ou quatre lapins; il rapportait son gibier à la maison et se gardait bien de parler à qui que ce soit de la course qu'il venait de faire et des gens qu'il avait visités.
Quant à Éva, elle avait été longtemps insouciante de sa naissance, comme de tout. Mais, lorsque sa naissance morale eut tiré son esprit des limbes où cette espèce d'hydrocéphalie dont elle était atteinte l'avait reléguée, elle commença à se préoccuper de son origine.
Elle avait un vague souvenir d'avoir revu, dans une des dernières visites qu'ils lui avaient faites, le braconnier et sa mère. Mais ce souvenir n'avait rien de tendre, et aucun souvenir filial ne se remuait pour eux dans son cœur.
Jacques Mérey lui avait dit que deux ans ils avaient eu soin d'elle; elle leur était reconnaissante de ces soins, mais aucune voix intérieure ne lui disait: «Cet homme est ton père, cette femme est ta mère.»
Il y a plus: toutes les fois qu'elle abordait cette question, Jacques Mérey l'écartait avec un certain malaise qui laissait des traces sur son visage.
Si bien qu'elle avait fini par ne plus faire de questions sur sa naissance, et par ne plus chercher à connaître ses parents.
Dans une nature comme celle d'Éva, ouverte à toutes les intuitions primitives, ce silence avait lieu d'étonner.
Souvent Jacques Mérey l'avait trouvée triste, soucieuse, inquiète; son cœur cherchait une voix mystérieuse lui demandant:
—Qui es-tu?