Pic de la Mirandole fut contraint d'avouer qu'il n'en savait rien.

Eh bien, il en était de même pour Jacques Mérey; sa science était solide et universelle, on eût dit qu'il avait assisté au conseil du Dieu créateur, tant il connaissait bien la raison des choses, l'origine et le but des êtres, d'où ils viennent, où ils vont. Rien ne l'arrêtait dans la filiation des créatures, des éléments, des mondes, et il ne savait comment dévoiler la naissance de la femme qu'il aimait!

Tout ce qu'il savait, c'est qu'Éva n'était point la fille du bûcheron ni de la bûcheronne.

En 1792, époque à laquelle nous sommes arrivés et qui va bientôt nous emporter avec elle sur ses ailes de feu, les races n'étaient point encore mêlées en France comme elles l'ont été dans la suite par la révolution française; il y avait vraiment alors un type aristocratique; si la noblesse s'était maintenue longtemps dans ce pays, dont les mœurs légères et faciles inclinent visiblement à l'égalité, cela tenait à la différence du sang.

Les femmes surtout portaient leur naissance et leur rang dans la distinction de leur personne; l'échafaud de 93 aurait confirmé l'existence de cette égalité de race si l'hérédité physiologique avait besoin de confirmation.

On ne détruit que ce qu'on ne peut effacer.

Je ne veux point dire que les familles nobles fussent supérieures aux familles plébéiennes; les premières recélaient en elles un germe de décadence et d'altération, tandis que les secondes, plus pures, plus vigoureuses, aspiraient fortement à la vie sociale.

Mais il est juste de dire que les anciennes familles avaient un type de beauté qui leur était propre, et qui tenait peut-être autant à l'éducation qu'à la nature.

La Révolution rencontra le type aristocratique qui par sa fine beauté blessait le type populaire, et, ne pouvant le modifier assez vite à son gré par des alliances bourgeoises, elle le faucha.

Ce type, Jacques Mérey, ce démocrate, ce socialiste par excellence, ne pouvait se défendre de le retrouver dans Éva.