On raconte que Pic de la Mirandole avait dû soutenir une thèse qui avait duré trois jours.
Le cercle des connaissances humaines tel qu'il était tracé dans ce temps-là avait été parcouru, et, sur tous les points, Pic de la Mirandole avait défié ses examinateurs de le mettre en défaut.
L'Envie était pâle et se mordait les lèvres, n'ayant pas autre chose à mordre.
Les théologiens s'en mêlèrent.
La théologie était une forêt pleine de traquenards dans laquelle l'esprit le plus exercé avait bien de la peine à ne pas être pris, une sorte de puits ténébreux dans lequel les plus hardis mineurs perdaient pied, un buisson épineux où les plus vieux docteurs laissaient des lambeaux de leur robe.
Lui, simple, calme, grave, avait dérouté toutes les arguties, évité tous les pièges, désarmé tous les syllogismes, échappé à tous les dilemmes, usé tous les artifices.
Ce jeune homme était véritablement doué de la science universelle.
Alors, une courtisane qui avait assisté à tous ces exercices, moins pour voir et pour entendre que pour être vue elle-même, lassée de la longueur des examens, se leva et fit signe qu'elle voulait adresser, elle aussi, une question au savant invulnérable.
Un murmure de surprise fit le tour de la docte assemblée. Fier d'avoir démonté tous ses adversaires dans cette fameuse thèse De omni re scibili et de quibusdam aliis, Pic de la Mirandole considéra non sans un peu d'étonnement cette femme qui osait l'interroger; un sourire de dédain plissait légèrement ses lèvres.
—Pourriez-vous, demanda la courtisane, me dire quelle heure il est?