XII

DÉPART POUR PARIS.

Un jour, heureusement ou malheureusement, le maire, qui avait prédit que Gabriel avait une fortune au bout des doigts, revint faire une visite au père Thomas, et lui proposa de prendre Gabriel comme son secrétaire, à raison de cent cinquante francs par an et la nourriture.

Gabriel accueillit la proposition comme une bonne fortune; mais le père Thomas secoua la tête en disant:

—Où cela te mènera-t-il, garçon?

Tous deux n'en acceptèrent pas moins l'offre du maire, et Gabriel quitta définitivement la charrue pour la plume.

Nous étions restés bons amis, Gabriel paraissait même avoir de l'amour pour moi: quant à moi, je l'aimais de tout mon cœur.

Tous les soirs, comme c'est l'habitude dans les villages, nous allions nous promener ensemble, tantôt sur les bords de la mer, tantôt sur les rives de la Touque.

Personne ne s'en tourmentait; nous étions pauvres tous deux, nous nous convenions donc parfaitement.

Seulement Gabriel semblait avoir un ver rongeur dans l'âme; ce ver rongeur, c'était le désir de venir à Paris; il était convenu que s'il venait à Paris il y ferait fortune.