Paris était donc pour nous le fond de toute conversation. Paris était la ville magique qui devait nous ouvrir à tous deux la porte de la richesse et du bonheur.

Je me laissais aller à la fièvre qui l'agitait, et je répétais de mon côté:

—Oh! oui, Paris! Paris!

Dans nos rêves d'avenir, nous avions toujours si bien enchaîné l'une à l'autre nos deux existences, que je me regardais d'avance comme la femme de Gabriel, quoique jamais un mot de mariage n'eût été échangé entre nous: quoique jamais, je dois le dire, aucune promesse n'eût été faite.

Le temps s'écoulait.

Gabriel, à même de se livrer à son occupation favorite, écrivait toute la journée, tenait tous les registres de la mairie avec une propreté et un goût admirables.

Le maire était enchanté d'avoir un tel secrétaire.

L'époque des élections arrivait: un des députés qui devaient se mettre sur les rangs était déjà en tournée; il vint à Trouville; Gabriel était la merveille de Trouville; on lui montra les registres de la mairie, et le soir Gabriel lui fut présenté.

Le candidat avait rédigé une circulaire, mais il n'y avait d'imprimerie qu'au Havre; il fallait envoyer le manifeste à la ville, et c'était trois ou quatre jours de retard.

Or, la distribution du manifeste était urgente, le candidat ayant rencontré une opposition plus grande qu'il ne s'y attendait.