—A onze heures et demie, dit-il en montant légèrement les escaliers.
Et il disparut sous le péristyle tandis que la voiture s'éloignait au galop.
C'était son visage, c'était sa voix: mais comment ce jeune homme élégant et aux manières aisées pouvait-il être le pauvre Gabriel? La métamorphose me semblait tout à fait impossible.
Et cependant, à l'émotion que j'avais éprouvée, je comprenais qu'il était impossible que ce fût un autre que lui.
J'attendis.
Onze heures et demie sonnèrent. On commença de sortir de l'Opéra, puis les voitures s'avancèrent à la suite les unes des autres.
Un groupe, qui se composait d'un homme de cinquante ans à peu près, d'un jeune homme et de deux femmes, s'approcha d'une des voitures: le jeune homme était Gabriel, il donnait le bras à la plus âgée des deux femmes: la plus jeune me parut charmante.
Cependant, il ne monta pas avec elle dans la voiture. Il les accompagna seulement jusqu'au marche-pied; puis, après les avoir saluées, il fit quelques pas en arrière, et attendit sur les marches que sa voiture le vînt prendre à son tour.
J'eus donc tout le temps de l'examiner, et je ne conservai aucun doute: c'était bien lui; il donnait de bruyans signes d'impatience, et quand le cocher s'approcha, il le gronda pour l'avoir fait attendre ainsi cinq minutes.
Était-ce bien là l'humble et timide Gabriel? l'enfant que je protégeais contre les autres enfans?