Je leur montrai la lettre; je leur expliquai en quelques mots ce dont il était question, je constituai l'un d'eux mon représentant, je le chargeai de faire en mon absence les honneurs aux autres.
Je montai en cabriolet et je partis tout de suite.
Comme je l'avais prévu, je n'eus aucune peine à obtenir mon laissez-passer, et j'arrivai à Bicêtre vers les sept heures du soir.
C'était la première fois que je franchissais le seuil de cette prison, qui, depuis qu'on n'exécutait plus sur la place de Grève, était devenue la dernière habitation des condamnés à mort.
Aussi ce ne fut pas sans un profond serrement de cœur, et sans une espèce de crainte personnelle dont le plus honnête homme n'est point exempt, que j'entendis les portes massives se refermer sur moi.
Il semble que là où toute parole est une plainte, tout bruit un gémissement, on respire un autre air que l'air destiné aux hommes; et certes, lorsque je montrai au directeur de la prison la permission que j'avais de visiter son commensal, je devais être aussi pâle et aussi tremblant que les hôtes qu'il est habitué à recevoir.
A peine eut-il lu mon nom, qu'il s'interrompit pour me saluer une seconde fois.
Puis, appelant un guichetier.
—François, dit-il, conduisez monsieur au cachot de Gabriel Lambert; les règles ordinaires de la prison ne sont point faites pour lui, et s'il désire rester seul avec le condamné, vous lui accorderez cette liberté.
—Dans quel état trouverai-je ce malheureux? demandai-je?