—Tais-toi, lâche, paresseux, incapable.

—Mais, mon père, est-ce ma faute à moi si je ne puis gagner ma vie. Personne ne veut de moi ni pour ramer ni pour tirer le filet. Les plus vigoureux n'ont pas d'emploi ni de travail, et pourrissent sur le pavé ou se font tuer à la guerre. Et puis, si je m'éloignais de vous, qui soutiendrait vos pas, qui vous défendrait contre les insolens qui vous manquent de respect?

Un rire bruyant et universel accueillit la dernière excuse de l'enfant. Ses joues se couvrirent de pourpre; il se leva chancelant de honte et de colère, et montra les poings aux railleurs, qui ne daignèrent pas faire un seul geste pour repousser sa vaine démonstration de fureur.

—Couche-toi, misérable! s'écria le père d'une voix de tonnerre, couche-toi, mauvais chien, où tu rampais tout à l'heure. Voilà l'appui que tu me donnes: jolie défense!

—Mais, mon père ... balbutia l'enfant, se laissant couler à terre par un mouvement convulsif.

—Silence!... Veux-tu que je leur raconte ton dernier trait de bravoure?

—Grâce! mon père, murmura le lazzarone d'une voix suppliante, et il se mit à lui baiser les genoux pour l'attendrir.

—Voyons, voyons, père Lancia, s'écrièrent les pêcheurs en s'approchant du vieillard; laissez donc tranquille ce pauvre Peppino, et parlons de notre affaire; ce qui est convenu est convenu.

—Vous avez ma parole, reprit le soldat gravement et s'apaisant par degrés, quoique à vrai dire, ajouta-t-il en tournant son regard dans la direction de l'église où la cour venait de se rendre, il vaudrait mieux remettre le marché à un autre moment. Aujourd'hui le diable prie.

Les pêcheurs se regardèrent en souriant.