—Parle, dit le roi, sans crainte et sans ménagemens pour personne.

Le vieillard fixa sur Pandolfello un regard terrible, et prononça lentement ces paroles, dont chacune pénétra le cœur de Jeanne comme un coup de poignard:

—J'accuse le comte Pandolfo Alopo, grand chambellan du palais, de m'avoir indignement maltraité en me foulant aux pieds de son cheval; je l'accuse d'avoir poignardé mon fils Lorenzo et de l'avoir jeté à la mer; je l'accuse d'avoir torturé mon fils Peppino, pour le forcer à dénoncer des innocens dont il voulait se défaire.

—Qu'avez-vous à répondre, Pandolfo? dit le roi en se tournant vers le grand chambellan.

—Cet homme est fou, répondit le jeune homme avec un sourire de mépris.

—Vous niez donc

—Je m'étonne, sire, qu'on puisse me croire capable de telles infamies.

—Faites avancer les témoins, dit Ladislas sans que sa voix trahît la moindre émotion.

Alors il se passa dans les quatre murs de Castel-Nuovo un drame affreux et terrible. Peppino, plutôt traîné qu'escorté par les soldats, entra dans l'appartement, se soutenant à peine sur ses genoux. Le pauvre enfant, brisé par la torture de la veille, portait encore les traces de ses atroces souffrances; mais son visage pâle et résigné était empreint d'un courage héroïque, d'une noble fermeté. Arrivé en la présence du roi, il jeta d'abord un regard indéfinissable d'amour, de compassion et de tendresse à son père, puis il voulut parler.... Mais tout à coup la langue se colla sous son palais, ses lèvres se blêmirent, une convulsion mortelle agita ses membres. Il tendit la main vers son père en signe d'adieu, et tomba raide mort aux pieds de Ladislas.

—C'est bien, pensa Pandolfello, le grand protonotaire ne m'a pas trompé.