»—Plus de la pensée que du corps, fit-elle avec un soupir.

»—Vous avez un chagrin, madame?

»—Oh! profond. Heureusement que Dieu est médecin aussi, et qu'il a trouvé la panacée universelle, l'oubli.

»—Mais il y a des douleurs qui tuent, lui dis-je.

»—Eh bien! la mort ou l'oubli, n'est-ce pas la même chose? l'une est la tombe du corps, l'autre la tombe du cœur, voilà tout.

»—Mais vous, madame, dis-je, comment pouvez-vous avoir un chagrin? Vous êtes trop haut pour qu'il vous atteigne, et les douleurs doivent passer sous vos pieds comme les nuages sous les pieds de Dieu; à nous les orages, à vous la sérénité!

»—C'est ce qui vous trompe, reprit-elle, et ce qui prouve que toute votre science s'arrête là, au cœur.

»—Eh bien! lui dis-je, tâchez d'oublier, madame! Dieu permet quelquefois qu'une joie succède à une douleur, que le sourire succède aux larmes, c'est vrai; et quand le cœur de celui qu'il éprouve est trop vide pour se remplir tout seul, quand la blessure est trop profonde pour se fermer sans secours, il envoie sur la route de celle qu'il veut consoler une autre âme qui la comprend; car il sait qu'on souffre moins en souffrant à deux; et il arrive un moment où le cœur vide se remplit de nouveau, et où la blessure se cicatrise.

»—Et quel est le dictame, docteur, me dit-elle, avec lequel vous panseriez une pareille blessure?

»—C'est selon le malade, lui répondis-je; aux uns, je conseillerais la foi; aux autres, je conseillerais l'amour.