»—Arriverons-nous bientôt? dis-je; car l'horizon allait toujours se renouvelant, et nous marchions sans avancer.
»—Toujours impatient, répliqua Satan, et cependant je tâche d'abréger la route le plus que je peux. Tu comprends que je ne puis pas passer par la porte, il y a une grande croix, et la croix c'est ma douane. Comme je voyage ordinairement avec des choses défendues par elle, elle m'arrêterait, je serais forcé de me signer; et je puis bien faire un crime, mais je ne ferais pas un sacrilège; et puis, comme je t'ai déjà dit, on ne te laisserait pas partir. Tu crois qu'on meurt, qu'on vous enterre, et qu'un beau jour on peut s'en aller sans rien dire; tu te trompes, mon cher: sans moi il t'aurait fallu attendre la résurrection éternelle, ce qui aurait été long. Suis-moi donc, et sois tranquille, nous arriverons. Je t'ai promis un bal, tu l'auras: je tiens mes promesses, et ma signature est connue.
»Il y avait dans toute cette ironie de mon sinistre compagnon quelque chose de fatal qui me glaçait; tout ce que je viens de vous dire, je crois l'entendre encore.
»Nous marchâmes encore quelque temps, puis nous arrivâmes enfin à un mur devant lequel étaient amoncelées des tombes formant escalier. Satan mit le pied sur la première, et, contre son habitude, marcha sur les pierres sacrées, jusqu'à ce qu'il fût au sommet de la muraille.
»J'hésitais à suivre le même chemin, j'avais peur.
»Il me tendit la main en me disant:
»—Il n'y a pas de danger; tu poux mettre le pied dessus, ce sont des connaissances.
»Quand je fus auprès de lui:
»—Veux-tu, me dit-il, que je te fasse voir ce qui se passe à Paris?
»—Non, marchons.