»—Marchons, puisque tu es si pressé.
»Nous sautâmes du mur à terre.
»La lune, sous le regard de Satan, s'était voilée, comme une jeune fille sous un regard effronté. La nuit était froide, toutes les portes étaient closes, toutes les fenêtres sombres, toutes les rues silencieuses; on eût dit que personne, depuis longtemps, n'avait foulé le sol sur lequel nous marchions; tout, autour de nous, avait un aspect fatal. Il semblait que quand le jour allait venir, personne n'ouvrirait les portes, qu'aucune tête ne sortirait aux fenêtres, qu'aucun pas ne troublerait le silence: je croyais marcher dans une ville morte depuis des siècles, et retrouvée dans des fouilles; enfin la ville semblait s'être dépeuplée au profit du cimetière.
»Nous marchions sans entendre un bruit, sans rencontrer une ombre; le chemin fut long à travers cette ville effrayante de calme et de repos: enfin nous arrivâmes à notre maison.
»—Te reconnais-tu? me dit Satan.
»—Oui, répondis-je sourdement; entrons.
»—Attends, il faut que j'ouvre. C'est encore moi qui ai inventé le vol avec effraction: j'ai une seconde clef de toutes les portes, excepté de celle du paradis, cependant.
»Nous entrâmes.
»Le calme du dehors se continuait au dedans; c'était horrible.
»Je croyais rêver; je ne respirais plus. Vous figurez-vous rentrant dans votre chambre où vous êtes mort depuis deux jours, retrouvant toutes choses telles qu'elles étaient pendant votre maladie, empreintes seulement de cet air sombre que donne la mort; revoyant tous les objets rangés comme ne devant plus être touchés par vous. La seule chose animée que j'eusse vue depuis ma sortie du cimetière fut ma grande pendule à côté de laquelle un être humain était mort, et qui continuait de compter les heures de mon éternité comme elle avait compté les heures de ma vie.