»—Tu m'as tenu parole, lui dis-je, merci; mais il me faut cette femme cette nuit même.

»—Tu l'auras, me dit Satan; mais essuie-toi le visage, tu as un ver sur la joue.

»Et il disparut, me laissant encore plus glacé qu'auparavant. Comme pour me rendre à la vie, je pressai le bras de celle que je venais chercher du fond de la tombe, et je l'entraînai dans le salon.

»C'était une de ces valses enivrantes où tous ceux qui nous entourent disparaissent, où Ton ne vit plus que l'un pour l'autre, où les mains s'enchaînent, où les haleines se confondent, où les poitrines se touchent. Je valsais les yeux fixés sur ses yeux, et son regard, qui me souriait éternellement, semblait me dire: «Si tu savais les trésors d'amour et de passion que je donnerais à mon amant! si tu savais ce qu'il y a de volupté dans mes caresses, ce qu'il y a de feu dans mes baisers! A celui qui m'aimerait, toutes les beautés de mon corps, toutes les pensées de mon âme, car je suis jeune, car je suis aimante, car je suis belle!»

»Et la valse nous emportait dans son tourbillon lascif et rapide.

»Cela dura longtemps. Quand la mesure cessa, nous étions les seuls à valser encore.

»Elle tomba sur mon bras, la poitrine oppressée, souple comme un serpent, et leva sur moi ses grands yeux, qui semblèrent me dire, à défaut de la bouche: «Je t'aime!»

»Je l'entraînai dans le boudoir, où nous étions seuls. Les salons devenaient déserts.

»Elle se laissa tomber sur une causeuse, fermant à demi les yeux sous la fatigue, comme sous une étreinte d'amour.

»Je me penchai sur elle, et lui dis à voix basse: