»A la vue de cette joie, je crus à ma résurrection.
»Je me penchai à l'oreille de Satan, qui ne m'avait pas quitté.
»Où est-elle? lui dis-je.
»Dans son boudoir.
»J'attendis que la contredanse fut finie. Je traversai le salon; les glaces aux feux des bougies me renvoyèrent mon image pâle et sombre. Je revis ce sourire qui m'avait glacé; mais là ce n'était plus la solitude, c'était le monde; ce n'était plus le cimetière, c'était un bal; ce n'était plus la tombe, c'était l'amour. Je me laissai enivrer, et j'oubliai un instant d'où je venais, ne pensant qu'à celle pour qui j'étais venu.
»Arrivé à la porte du boudoir, je la vis; elle était plus belle que la beauté, plus chaste que la foi. Je m'arrêtai un instant comme en extase; elle était vêtue d'une robe d'une blancheur éblouissante, les épaules et les bras nus. Je revis, plutôt en imagination qu'en réalité, un petit point rouge à l'endroit que j'avais saigné. Quand je parus, elle était entourée de jeunes gens qu'elle écoutait à peine; elle leva nonchalamment ses beaux yeux si pleins de volupté, m'aperçut, sembla hésiter à me reconnaître, puis, me faisant un sourire charmant, quitta tout le monde et vint à moi.
»—Vous voyez que je suis forte, me dit-elle.
»L'orchestre se fit entendre.
»—Et pour vous le prouver, continua-t-elle en me prenant le bras, nous allons valser ensemble.
»Elle dit quelques mots à quelqu'un qui passait à côté d'elle. Je vis Satan auprès de moi.