Il n'était bruit au ciel que d'une grande pécheresse que le Christ avait convertie, et que l'on attendait avec impatience.

Elle arriva.

La première âme qui vint au devant d'elle fut celle qui attendait toujours sa naissance. Elle lui dit:

—Ma sœur, quel était ton nom?

—Magdeleine, répondit la pécheresse.

—Et la terre, a-t-elle bien des joies?

—Oui; mais elles sont passagères, et celles du Seigneur sont éternelles.

Et Magdeleine alla s'agenouiller aux pieds de Dieu.

L'âme continuait d'attendre; elle avait entendu le Seigneur dire à Magdeleine: «Il te sera beaucoup remis, parce que tu as beaucoup aimé.» Et elle se demandait ce qu'était cet amour, dont on ne savait rien au ciel, qui avait perdu Ève et qui sauvait Magdeleine.

Aussi devenait-elle de plus en plus impatiente de se voir révéler les mystères de ce monde où Dieu exilait tant d'âmes; de ce monde éloigné et inconnu, où pour quelques années de passions on sacrifiait une éternité de bonheur. Ce n'était pas du désir, sa nature lui défendait d'en avoir, c'était de l'espérance. Peut-être voulait-elle subir comme les autres son martyre, pour revenir à Dieu ceinte d'une double couronne; peut-être, après tout, était-elle d'une essence moins divine que ses sœurs, et avait-elle ressenti le souffle de colère qu'en quittant le paradis l'ange tombé jeta sur elles. Toujours est-il qu'au milieu de la béatitude immense, c'était cette joie temporelle qu'elle attendait.