Et chaque fois qu'elle rencontrait son ange, elle lui faisait la même question, à laquelle il faisait la même réponse.

Les nouvelles qu'on recevait de la terre n'étaient cependant pas bien entraînantes pour une fille du ciel. Les apôtres avaient suivi de près le Christ, et, s'ils arrivaient l'âme pure, ils étaient bien défigurés quant au corps. Les hommes ne paraissaient pas vouloir suivre le chemin tracé par la main divine. Les vierges qui revenaient au ciel remerciaient Dieu de les avoir dépouillées de leur enveloppe terrestre, et quand elles parlaient de la terre, elles parlaient sans regrets.

L'âme attendait toujours.

Les siècles passaient.

Enfin la loi du Seigneur reprit le dessus. La lumière avait d'abord été trop forte, si bien qu'au lieu d'éclairer elle avait aveuglé; c'était un moment charmant pour venir sur la terre. Il n'y avait plus d'empereurs cruels; il n'y avait plus d'apôtres martyrs; tout semblait marcher selon la volonté éternelle, et pour l'âme solitaire qui se serait contentée d'ombre et d'amour, la terre aurait eu bien des joies; c'est du moins ce que disaient certaines âmes dont le premier soin, en arrivant au ciel, était de chercher celles qu'elles avaient perdues sur la terre, et de continuer, sous le regard de Dieu, l'amour commencé parmi les hommes.

—Il n'y a que là-bas qu'on trouve cet amour, se disait l'âme. Quand donc naîtrai-je?

—Attends et prie, répondait l'ange.

C'était désolant, d'autant plus que le ciel s'était tout à coup illuminé d'un astre merveilleux, qu'on appelait une comète, qui était encore ignorée des hommes, et que l'âme craignait que ce ne fût pour la destruction du monde que Dieu eût fait ce nouvel instrument de justice, puisqu'il avait dit que le monde périrait par le feu.

L'âme comprit qu'il fallait se hâter. Elle alla trouver son ange et lui dit:

—Dieu permettra-t-il bientôt ma naissance?