—Bientôt, reprit l'ange.
—Et quand?
—Dans un siècle, un siècle et demi, à peu près.
Où serait-on patient, si l'on ne l'était au ciel? L'âme attendit.
Décidément le monde devenait heureux et semblait retourner à l'âge d'or. Le Christ s'était servi de l'amour terrestre pour arriver à la foi. Il avait mis une révélation dans ce premier péché de la première femme, et grâce à cela, on pouvait passer quelques mois sur la terre sans se compromettre.
Cependant l'âme comprenait que cette espérance d'un autre monde que celui de Dieu était déjà un péché, et qu'elle y arriverait souillée d'une faute originelle d'autant plus grande qu'elle était commise au milieu de l'innocence éternelle. Aussi, lorsqu'elle priait pour les autres, elle priait un peu pour elle.
Le temps marchait rapidement, car, devant les yeux du Seigneur et devant l'éternité, chaque siècle ne met pas plus de temps à passer que le grain de sable qui tombe du sablier.
L'âme voyait arriver avec bonheur le moment tant attendu. Plus il approchait, plus elle questionnait celles qui revenaient de notre monde, plus elle avait soif de cet amour terrestre et presque de ces douleurs qui rompraient la monotonie de la béatitude.
Aussi se promenait-elle, à l'heure où la nuit descend sur la terre, dans les chemins les plus cachés du ciel, tâchant de soulever un coin du voile diamanté que chaque soir Dieu étend sur le ciel. Elle suivait en rêvant la voie lactée, se disant: «Quelle punition Dieu me fera-t-il subir pour la faute que je commets auprès de lui quand je ne devrais avoir qu'un désir, sa vue; qu'un bonheur, la prière; qu'une joie, l'éternité?»
De temps en temps l'ange passait auprès d'elle et lui disait: «Patience!»