Après dix minutes d'angoisses, et pendant lesquelles je voyais à chaque cahot se contracter douloureusement la figure du blessé, nous arrivâmes rue Taitbout, n° 11.

Monsieur de Faverne demeurait au premier.

Un des témoins monta prévenir les domestiques, afin qu'ils vinssent nous aider à transporter leur maître: deux laquais en livrée éclatante et galonnée sur toutes les coutures descendirent.

J'ai l'habitude de juger les hommes noti seulement par eux-mêmes, mais encore par ceux qui les entourent; j'examinai donc ces deux valets: ni l'un ni l'autre ne montra le moindre intérêt au blessé.

Il était évident qu'ils étaient au service de monsieur de Faverne depuis peu de temps, et que ce service ne leur avait inspiré pour leur maître aucune sympathie.

Nous traversâmes une suite d'appartemens qui me parurent somptueusement meublés, mais que je ne pus examiner en détail; et nous arrivâmes à la chambre à coucher; le lit était encore défait, comme l'avait laissé son maître.

Le long de la tenture, du côté du chevet, à la portée de la main, étaient deux pistolets et un poignard turc.

Nous étendîmes le blessé sur son lit, les deux domestiques et moi, car les témoins, jugeant leur présence inutile, étaient déjà partis.

Voyant que la blessure ne voulait pas saigner davantage, j'opérai alors le pansement.

Le pansement fini, le blessé lit signe aux valets de se retirer, et nous restâmes seuls.