—Monsieur, s'écria M. de Malmédie d'une voix étouffée, Monsieur, avez vous vu ce qui vient de se passer?
—Hélas! oui, monsieur de Malmédie, répondit Pierre Munier, et croyez bien que, si j'avais été là, cet événement n'aurait pas eu lieu.
—En attendant, Monsieur, en attendant, s'écria M. de Malmédie, votre fils a porté la main sur le mien. Le fils d'un mulâtre a eu l'audace de porter la main sur le fils d'un blanc.
—Je suis désespéré de ce qui vient d'arriver, monsieur de Malmédie, balbutia le pauvre père, et je vous en fais bien humblement mes excuses.
—Vos excuses, Monsieur, vos excuses, reprit l'orgueilleux colon se redressant au fur et à mesure que son interlocuteur s'abaissait. Croyez-vous que cela suffise, vos excuses?
—Que puis-je de plus, Monsieur?
—Ce que vous pouvez? ce que vous pouvez? répéta M. de Malmédie, embarrassé lui-même pour fixer la satisfaction qu'il désirait obtenir; vous pouvez faire fouetter le misérable qui a frappé mon Henri.
—Me faire fouetter, moi? dit Jacques en ramassant son fusil à deux coups et en redevenant d'enfant homme. Eh bien, venez donc vous y frotter un peu, vous, monsieur de Malmédie?
—Taisez-vous, Jacques; tais-toi mon enfant, s'écria Pierre Munier.
—Pardon, mon père, dit Jacques, mais j'ai raison, et je ne me tairai pas. M. Henri est venu donner un coup de sabre à mon frère, qui ne lui faisait rien; et moi, j'ai donné un coup de poing à M. Henri; M. Henri a donc tort et c'est donc moi qui ai raison.