—Toi, Malais, toujours toi.
—Alors, si c'est moi qui suis cause que vous vous amusez en travaillant, que vous avez du plaisir en fumant, et que vous ne vous endormez plus en faisant cuire vos bananes, il est juste, moi qui ne puis rien faire, puisque je me sacrifie pour vous, il est juste, pour ma peine, qu'on me donne quelque chose.
La justesse de cette observation frappa tout le monde; cependant notre véracité d'historien nous force à avouer que quelques voix seulement s'échappant des erreurs les plus candides de la société répondirent affirmativement.
—Ainsi, continua Antonio, il est donc juste que Toukal me donne un peu de tabac pour fumer dans mon gourgouri; n'est-ce pas, Cambeba?
—C'est juste, s'écria Cambeba, enchanté de ce que la contribution frappait sur un autre que lui.
Et Toukal fut forcé de partager son tabac avec Antonio.
—Maintenant, continua Antonio, l'autre jour, j'ai perdu ma cuiller de bois. Je n'ai pas d'argent pour en acheter, parce que, au lieu de travailler, je vous ai chanté des chansons et vous ai conté des histoires; il est donc juste que Bonhomme me donne une cuiller de bois pour manger ma soupe; n'est-ce pas, Toukal?
—C'est juste, s'écria Toukal, enchanté de n'être pas le seul imposé par Antonio.
Et Antonio tendit la main à Bonhomme, qui lui donna la cuiller qu'il venait d'achever.
—Maintenant, reprit Antonio, j'ai du tabac pour mettre dans mon gourgouri, et j'ai une cuiller pour manger ma soupe; mais je n'ai pas d'argent pour acheter de quoi faire du bouillon. Il est donc juste que Castor me donne le joli petit tabouret auquel il travaille, afin que j'aille, le vendre au marché et que j'achète un petit morceau de bœuf; n'est-ce pas, Toukal? n'est-ce pas Bonhomme? n'est-ce pas Cambeba?