—Banane, Cambeba!
Le malheureux regarda l'assemblée d'un air effaré et se précipita vers le foyer pour sauver sa banane; mais Antonio l'arrêta en chemin, et, le maintenant d'une main, avec une force dont on ne l'aurait pas cru capable, il saisit de l'autre la corde à l'aide de laquelle on montait au grenier les sacs de maïs, il en passa le crochet dans la ceinture de Cambeba, faisant signe en même temps à Toukal de tirer l'autre bout de la corde. Toukal comprit avec une rapidité qui faisait le plus grand honneur à son intelligence, et, au moment où il s'y attendait le moins, Cambeba se trouva enlevé de terre, et, à la grande hilarité de toute la compagnie, commença à monter en tournoyant vers le ciel. À dix pieds à peu près du sol, l'ascension s'arrêta, et Cambeba demeura suspendu, étendant ses mains crispées vers la malheureuse banane, qu'il n'avait plus aucun moyen de disputer à son ennemi.
—Bravo, Antonio! bravo, Antonio! crièrent tous les assistants en se tenant les côtes de rire, tandis qu'Antonio, désormais parfaitement maître de l'objet de la discussion, écartait délicatement les cendres, et en tirant la banane cuite à point, et rissolée à faire venir l'eau à la bouche.
—Ma banane, ma banane! s'écria Cambeba avec l'accent du plus profond désespoir.
—La voilà, dit Antonio étendant le bras dans la direction de Cambeba.
—Moi trop loin pour prendre li.
—Tu n'en veux pas?
—Moi pas pouvoir atteindre jusqu'à li.
—Alors, reprit Antonio parodiant la langue du malheureux pendu, alors moi manger li pour empêcher li pourrir.
Et Antonio se mit à éplucher sa banane avec une gravité si comique, que les rires devinrent convulsifs.