Marie se retourna. L'armoire était miraculeusement éclairée, et il s'y faisait un grand remue-ménage: tous les arlequins, les pierrots, les polichinelles et les pantins s'agitaient, couraient deçà, delà, s'exhortant les uns les autres, tandis que les poupées faisaient de la charpie et préparaient des remèdes pour les blessés. Enfin, casse-noisette lui-même rejeta tout à coup ses couvertures et sauta à bas au lit sur ses deux pieds à la fois, en criant:

—Knac! knac! knac! Stupide tas de souris, rentrez dans vos trous, ou, à l'instant même, vous allez avoir affaire à moi.

Mais, à cette menace, un grand sifflement retentit, et Marie s'aperçut que les souris n'étaient pas rentrées dans leurs trous, mais bien qu'elles s'étaient, effrayées par le bruit du verre cassé, réfugiées sous les tables et sous les fauteuils; d'o elles commençaient à sortir.

De son côté, casse-noisette, loin d'être effrayé par le sifflement, parut redoubler de courage.

—Ah! misérable roi des souris, s'écria-t-il; c'est donc toi; tu acceptes enfin le combat que je t'offre depuis si longtemps. Viens donc; et que cette nuit décide de nous deux. Et vous, mes bons amis, mes compagnons, mes frères, s'il est vrai que nous nous sommes liés de quelque tendresse dans la boutique de Zacharias, soutenez-moi dans ce rude combat. Allons, en avant! et qui m'aime me suive!

Jamais proclamation ne fit un effet pareil: deux arlequins, un pierrot, deux polichinelles et trois pantins s'écrièrent à haute voix:

—Oui, seigneur, comptez sur nous, à la vie, à la mort! Nous vaincrons sous vos ordres, ou nous périrons avec vous.

A ces paroles, qui lui prouvaient qu'il y avait de l'écho dans le coeur de ses amis, casse-noisette se sentit tellement électrisé, qu'il tira son sabre, et, sans calculer la hauteur effrayante o il se trouvait, il s'élança du deuxième rayon. Marie, en voyant ce saut périlleux, jeta un cri, car casse-noisette ne pouvait manquer de se briser; lorsque mademoiselle Claire, qui était dans le rayon inférieur, s'élança de son sofa, et reçut casse-noisette entre ses bras.

—Ah! chère et bonne petite Claire, s'écria Marie en joignant ses deux mains avec attendrissement, comme je t'ai méconnue!

Mais mademoiselle Claire, tout entière à la situation, disait au casse-noisette: