—Hélas! disait mademoiselle Claire, me faudra-t-il mourir à la fleur de l'âge, moi, fille de roi, destinée à un si bel avenir?
—Hélas! disait mademoiselle Rose, me faudra-t-il tomber vivante au pouvoir de l'ennemi; et ne me suis-je si bien conservée que pour être rongée par d'immondes souris?
Les autres poupées couraient éplorées, et leurs cris se mêlaient aux lamentations des deux poupées principales.
Pendant ce temps, les affaires allaient de plus mal en plus mal pour Casse-Noisette: il venait d'être abandonné du peu d'amis qui lui étaient restés fidèles. Les débris de l'escadron de hussards s'étaient réfugiés dans l'armoire; les soldats de plomb étaient entièrement tombés an pouvoir de l'ennemi; il y avait longtemps que les artilleurs étaient trépassés; la garde civique était morte comme les trois cents Spartiates, sans reculer d'un pas. Casse-Noisette était accolé contre le rebord de l'armoire, qu'il tentait en vain d'escalader: il lui eût fallu pour cela l'aide de mademoiselle Claire ou de mademoiselle Rose mais toutes deux avaient pris le parti de s'évanouir. Casse-Noisette fit un dernier effort, rassembla tous ses moyens, et cria, dans l'agonie du désespoir:
—Un cheval! un cheval! ma couronne pour un cheval!
Mais, comme la voix de Richard III, sa voix resta sans écho, ou plutôt elle le dénonça à l'ennemi. Deux tirailleurs se précipitèrent sur lui et le saisirent par son manteau de bois. Au même instant, on entendit la voix du roi des souris, qui criait par ses sept gueules:
—Sur votre tête, prenez-le vivant! Songez que j'ai ma mère venger. Il faut que son supplice épouvante les Casse-Noisettes venir!
Et, en même temps, le roi se précipita vers le prisonnier.
Mais Marie ne put supporter plus longtemps cet horrible spectacle.
—O mon pauvre Casse-Noisette! s'écria-t-elle en sanglotant; mon pauvre Casse-Noisette, que j'aime de tout mon coeur, te verrai-je donc périr ainsi!