Restait à trouver le major; on se mit à sa recherche, et on le découvrit mangeant la pension que Fritz lui avait faite, dans une petite auberge perdue, au coin le plus reculé du troisième rayon de l'armoire. Comme l'avait pensé Fritz, il ne fit aucune difficulté de rendre son sabre, qui lui était devenu inutile et qui fat, à l'instant même, passé au cou de Casse-Noisette.
La frayeur qu'éprouvait Marie l'empêcha de s'endormir la nuit suivante; aussi était-elle si bien éveillée, qu'elle entendit sonner les douze coups de l'horloge du salon. A peine la vibration du dernier coup eut-elle cessé, que de singulières rumeurs retentirent du côté de l'armoire, et qu'on entendit un grand cliquetis d'épées, comme si deux adversaires acharnés en venaient aux mains. Tout à coup l'un des deux combattants fit couic!
—Le roi des souris! s'écria Marie pleine de joie et de terreur à la fois.
Rien ne bougea d'abord; mais bientôt on frappa doucement, bien doucement à la porte, et une petite voix flûtée fit entendre ces paroles:
—Bien chère demoiselle Silberhaus, j'apporte une joyeuse nouvelle; ouvrez-moi donc, je vous en supplie.
Marie reconnut la voix du jeune Drosselmayer; elle passa en toute hâte sa petite robe et ouvrit lestement la porte. Casse-Noisette était là, tenant son sabre sanglant dans sa main droite, et une bougie dans sa main gauche. Aussitôt qu'il aperçut Marie, il fléchit le genou devant elle et dit:
—C'est vous seule, ô Madame, qui m'avez animé du courage chevaleresque que je viens de déployer, et qui avez donné à mon bras la force de combattre l'insolent qui osa vous menacer: ce misérable roi des souris est là, baigné dans son sang. Voulez-vous, ô Madame, ne pas dédaigner les trophées de la victoire, offerts de la main d'un chevalier qui vous sera dévou jusqu'à la mort?
Et, en disant cela, Casse-Noisette tira de son bras gauche les sept couronnes d'or du roi des souris, qu'il y avait passées en guise de bracelets, et les offrit à Marie, qui les accepta avec joie.
Alors Casse-Noisette, encouragé par cette bienveillance, se releva et continua ainsi:
—Ah! ma chère demoiselle Silberhaus, maintenant que j'ai vaincu mon ennemi, quelles admirables choses ne pourrais-je pas vous faire voir si vous aviez la condescendance de m'accompagner seulement pendant quelques pas. Oh! faites-le, faites-le, ma chère demoiselle, je vous en supplie!