Il ouvrit les yeux dès la pointe du jour; car le gnome avait hanté son sommeil. Il se hâta de s'habiller, et sortit dans les champs pour voir le résultat des travaux nocturnes du gnome: le blé était debout, agité par la brise matinale.

—Probablement, pensa Carl, j'aurai rêvé.

Alors il grimpa sur la colline, pour jeter un coup d'oeil sur le champ qu'il avait reçu en échange de son blé menacé; mais de quelle horreur ne fut-il pas saisi en voyant ce champ presque entièrement dépouillé, et l'affreux petit gnome, achevant sa besogne, en jetant les dernières gerbes dans un obscur abîme creusé profondément en terre.

—Juste ciel! que faites-vous? s'écria-t-il. Il me semble que vous aviez dit que vous moissonneriez ce champ là-bas?

—J'ai dit, répondit le gnome, que j'allais récolter votre blé, vous; or, à moins que je n'aie mal compris, le champ dont vous parlez est à Wilhelm, n'est-il pas vrai?

—Oui, malheureux que je suis!

Et, tombant à genoux pour implorer le gnome, Carl lui demanda grâce; mais celui-ci, nonobstant ses prières, enleva la dernière gerbe; puis la terre se referma, ne laissant aucune trace qui pût signaler l'endroit où une si abondante récolte avait ét engloutie.

—Maintenant, comme vous voyez, j'ai fermé la porte de ma grange, dit le gnome en ricanant. À présent, je vais aller me reposer; bonjour, Carl!

Et il s'éloigna d'un air calme et satisfait.

Carl erra ça et là, à moitié fou, oubliant jusqu'à son dîner. Enfin, quand la nuit fut venue, il rentra chez lui, et, sans vouloir répondre aux questions affectueuses de sa soeur, il alla se coucher en boudant. Mais il avait à peine posé sa pauvre tête bouleversée sur l'oreiller, qu'une voix vint le réveiller, et lui dit: