—Maître, j'ai fait mon temps, je voudrais bien retourner près de ma mère; donnez-moi mes gages.
—Tu m'as servi fidèlement comme intelligence et probité, répondit le maître de Nicolas; la récompense sera en rapport avec le service.
Et il lui donna un lingot d'or, qui pouvait bien peser cinq ou six livres. Nicolas tira son mouchoir de sa poche, y enveloppa le lingot, le chargea sur son épaule et se mit en route pour la maison paternelle.
En cheminant et en mettant toujours une jambe devant l'autre, il finit par croiser un cavalier qui venait à lui, joyeux et frais, et monté sur un beau cheval.
—Oh! dit tout haut Nicolas, la belle chose que d'avoir un cheval! On monte dessus, on est dans sa selle comme sur un fauteuil, on avance sans s'en apercevoir, et l'on n'use pas ses souliers.
Le cavalier, qui l'avait entendu, lui cria:
—Hé! Nicolas, pourquoi vas-tu donc à pied?
—Ah! ne m'en parlez point, répondit Nicolas; ça me fait d'autant plus de peine, que j'ai là, sur l'épaule, un lingot d'or qui me pèse tellement, que je ne sais à quoi tient que je ne le jette dans le fossé.
—Veux-tu faire un échange? demanda le cavalier.
—Lequel? fit Nicolas.