Nicolas continua sa route, débarrassé de ses craintes, et portant gaiement son oie sous son bras.
—En y réfléchissant bien, se disait-il, je viens, outre la crainte dont je suis débarrassé, de faire un marché excellent. D'abord, voilà une oie qui va me donner un rôti délicieux, et qui, tout en rôtissant, me donnera une masse de graisse avec laquelle je ferai des tartines pendant trois mois, sans compter les plumes blanches qui me confectionneront un bon oreiller, sur lequel, dès demain au soir, je vais dormir sans être bercé. Oh! c'est ma mère qui sera contente, elle qui aime tant l'oie!
Il achevait à peine ces paroles, qu'il se trouva côte à côte avec un homme qui portait un objet enfermé dans sa cravate, qu'il tenait pendue à la main.
Cet objet gigottait de telle façon, et imprimait à la cravate de tels balancements, qu'il était évident que c'était un animal vivant, et que cet animal regrettait fort sa liberté.
—Qu'avez-vous donc là, compagnon? demanda Nicolas.
—Où, là? fit le voyageur.
—Dans votre cravate.
—Oh! ce n'est rien, répondit le voyageur en riant.
Puis, regardant autour de lui pour voir si personne n'était portée d'entendre ce qu'il allait dire:
—C'est une perdrix que je viens de prendre au collet, dit-il; seulement, je suis arrivé à temps pour la prendre vivante. Et vous, que portez-vous là?