Pour passer le temps, Nicolas commença à parler de son bonheur et des échanges favorables qu'il avait faits.

De son côté, le jeune garçon lui raconta qu'il portait son oie pour festin de baptême.

—Pèse-moi cela par le cou, dit-il à Nicolas. Hein! est-ce lourd! Il est vrai que voilà huit semaines qu'on l'engraisse avec des châtaignes. Celui qui mordra là-dedans devra s'essuyer la graisse des deux côtés du menton.

—Oui, dit Nicolas en la soupesant d'une main, elle a son poids; mais mon cochon pèse bien vingt oies comme la tienne.

Le jeune garçon regarda de tous côtés d'un air pensif, et en secouant la tête:

—Écoute, dît-il à Nicolas, je ne te connais que depuis dix minutes, mais tu m'as l'air d'un brave garçon; il faut que ta saches une chose, c'est qu'il se pourrait qu'à l'endroit de ton cochon, tout ne fût pas bien en ordre: dans le village que je viens de traverser, on en a volé un au percepteur. Je crains fort que ce ne soit justement celui que tu mènes. Ils ont requis la maréchaussée et envoyé des gens pour poursuivre le voleur, et, tu comprends, ce serait une mauvaise affaire pour toi si l'on te trouvait conduisant ce cochon. Le moins qu'il pût t'arriver, ce serait d'être conduit en prison jusqu'au moment où l'affaire serait éclaircie.

A ces mots, la peur saisit Nicolas.

—Jésus Dieu! dit-il, tire-moi de ce mauvais pas, mon garçon; tu connais ce pays que j'ai quitté depuis quinze ans, de sorte que tu as plus de défense que moi. Donne-moi ton oie et prends mon cochon.

—Diable! fit le jeune garçon, je joue gros jeu; cependant, je ne puis laisser un camarade dans l'embarras.

Et, donnant son oie à Nicolas, il prit le cochon par la corde, et se jeta avec lui dans un chemin de traverse.