—Je le sais. Et ensuite?
—Elle a soupé chez elle.
—Seule?
—Avec le comte de G..., je crois.
Ainsi ma rupture n'avait rien changé dans les habitudes de Marguerite.
C'est pour ces circonstances-là que certaines gens vous disent: «Il fallait ne plus penser à cette femme qui ne vous aimait pas.»
—Allons, je suis bien aise de voir que Marguerite ne se désole pas pour moi, repris-je avec un sourire forcé.
—Et elle a grandement raison. Vous avez fait ce que vous deviez faire, vous avez été plus raisonnable qu'elle, car cette fille-là vous aimait, elle ne faisait que parler de vous, et aurait été capable de quelque folie.
—Pourquoi ne m'a-t-elle pas répondu, puisqu'elle m'aime?
—Parce qu'elle a compris qu'elle avait tort de vous aimer. Puis les femmes permettent quelquefois qu'on trompe leur amour, jamais qu'on blesse leur amour-propre, et l'on blesse toujours l'amour-propre d'une femme quand, deux jours après qu'on est son amant, on la quitte, quelles que soient les raisons que l'on donne à cette rupture. Je connais Marguerite, elle mourrait plutôt que de vous répondre.