La porte s'ouvrit: le docteur était connu sans doute, car le concierge ne lui demanda pas même où il allait; Hoffmann suivit le docteur avec ses pinceaux, sa boîte à couleurs, sa palette, sa toile, et passa par-dessus le marché.
On monta au premier, et l'on entra dans une antichambre qu'on eût pu croire le vestibule de la maison du poète à Pompéia.
On s'en souvient, à cette époque la mode était grecque; l'antichambre d'Arsène était peinte à fresque, ornée de candélabres et de statues de bronze.
De l'antichambre, le docteur et Hoffmann passèrent dans le salon.
Le salon était grec comme l'antichambre, tendu avec du drap de Sedan à soixante-dix francs l'aune; le tapis seul coûtait six mille livres; le docteur fit remarquer ce tapis à Hoffmann; il représentait la bataille d'Arbelles copiée sur la fameuse mosaïque de Pompéia.
Hoffmann, ébloui de ce luxe inouï, ne comprenait pas que l'on fit de pareils tapis pour marcher dessus.
Du salon, on passa dans le boudoir; le boudoir était tendu de cachemire. Au fond, dans un encadrement, était un lit bas faisant canapé, pareil à celui sur lequel M. Guérin coucha depuis Didon écoutant les aventures d'Énéas. C'était là qu'Arsène avait donné l'ordre de faire attendre.
—Maintenant, jeune homme, dit le docteur, vous voilà introduit, c'est à vous de vous conduire d'une façon convenable. Il va sans dire que si l'amant en titre vous surprenait ici, vous seriez un homme perdu.
—Oh! s'écria Hoffmann, que je la revoie, que je la revoie seulement, et....
La parole s'éteignit sur les lèvres d'Hoffmann; il resta les yeux fixés, les bras étendus, la poitrine haletante.