Les deux jeunes gens bourrèrent leurs pipes, et s'assirent aux deux côtés de la table la plus enfoncée dans l'angle du café.
Là, Hoffmann raconta à Werner tout ce qui lui était arrivé depuis le jour où il avait été à l'Opéra et où il avait vu danser Arsène, jusqu'au moment où il avait été poussé par les deux femmes hors du boudoir.
—Eh bien! fit Werner quand Hoffmann eut fini.
—Eh bien! répéta celui-ci, tout étonné que son ami ne fût pas aussi abattu que lui.
—Je demande, reprit Werner, ce qu'il y a de désespérant dans tout cela.
—Il y a, mon cher, que maintenant que je sais qu'on ne peut avoir cette femme qu'à prix d'argent, il y a que j'ai perdu tout espoir.
—Et pourquoi as-tu perdu tout espoir?
—Parce que je n'aurai jamais cinq cents louis à jeter à ses pieds.
—Et pourquoi ne les aurais-tu pas? je les ai bien eus, moi, cinq cents louis, mille louis, deux mille louis.
—Et où veux-tu que je les prenne? bon Dieu! s'écria Hoffmann.