Ainsi le Palais-Royal se dressait tous les soirs, éclairant tout avec sa couronne de feu. Entremetteur de pierre, il hurlait au-dessus de la grande cité morne:

—Voici la nuit, venez! J'ai tout en moi, la fortune et l'amour, le jeu et les femmes! Je vends de tout, même le suicide et l'assassinat. Vous qui n'avez pas mangé depuis hier, vous qui souffrez, vous qui pleurez, venez chez moi; vous verrez comme nous sommes riches, vous verrez comme nous rions. Avez-vous une conscience ou une fille à vendre? venez! vous aurez de l'or plein les yeux, des obscénités plein les oreilles; vous marcherez à pleins pieds dans le vice, dans la corruption et dans l'oubli. Venez ici ce soir, vous serez peut-être morts demain.

C'était là, la grande raison. Il fallait vivre comme on mourait, vite!

Et l'on venait.

Au milieu de tout cela, le lieu le plus fréquenté était naturellement celui où se tenait le jeu. C'était là qu'on trouvait de quoi avoir le reste.

De tous ces ardents soupiraux, c'était donc le n° 113 qui jetait le plus de lumière avec sa lanterne rouge, œil immense de ce cyclope ivre qu'on appelait le Palais-Égalité.

Si l'enfer a un numéro, ce doit être le n° 113.

Oh! tout y était prévu.

Au rez-de-chaussée, il y avait un restaurant; au premier étage, il y avait le jeu: la poitrine du bâtiment renfermait le cœur, c'était tout naturel; au second, il y avait de quoi dépenser la force que le corps avait prise au rez-de-chaussée, l'argent que la poche avait gagné au-dessus.

Tout était prévu, nous le répétons, pour que l'argent ne sortît pas de la maison.