Pendant ce temps, le sang d'Hoffmann bouillait. Il lui semblait que chaque minute qu'il donnait à cette conversation banale était une année de sa vie qu'il perdait.
Il reprit donc en souriant:
—J'ai pensé qu'à titre de compatriote vous voudriez bien me rendre un service.
—Lequel? demanda le changeur, dont la figure se rembrunit à ce mot.
Le changeur n'est pas plus prêteur que la fourmi.
—C'est de me prêter trois louis sur ce médaillon d'or.
En même temps, Hoffmann passait le médaillon au commerçant, qui, le mettant dans une balance, le pesa:
—N'aimeriez-vous pas mieux le vendre? demanda le changeur.
—Oh! non, s'écria Hoffmann; non, c'est déjà bien assez de l'engager; je vous prierai même, monsieur, si vous me rendez ce service, de vouloir bien me garder ce médaillon avec le plus grand soin, car j'y tiens plus qu'à ma vie, et je viendrai le reprendre dès demain: il faut une circonstance comme celle où je me trouve pour que je l'engage.
—Alors, je vais vous prêter trois louis, monsieur. Et le changeur, avec toute la gravité qu'il croyait devoir à une pareille action, prit trois louis et les aligna devant Hoffmann.