Hoffmann parut devant ce tribunal vers six heures du soir, le 7 décembre. Le temps était gris, rude, mêlé de brume et de verglas; mais les bonnets d'ours et de loutre emprisonnant les têtes patriotes leur laissaient assez de sang chaud à la cervelle et aux oreilles pour qu'ils possédassent toute leur présence d'esprit et leurs précieuses facultés investigatrices.
Hoffmann fut arrêté par une main qui se posa doucement sur sa poitrine.
Le jeune voyageur était vêtu d'un habit gris de fer, d'une grosse redingote, et ses bottes allemandes lui dessinaient une jambe assez coquette, car il n'avait pas rencontré de boue depuis la dernière étape, et le carrosse ne pouvait plus marcher à cause du grésil. Hoffmann avait fait six lieues à pied, sur une route légèrement saupoudrée de neige durcie.
—Où vas-tu comme cela, citoyen, avec tes belles bottes? dit un agent au jeune homme.
—Je vais à Paris, citoyen.
—Tu n'es pas dégoûté, jeune Prussien, répliqua le sectionnaire, en prononçant cette épithète de Prussien avec une prodigalité d's qui fit accourir dix curieux autour du voyageur.
Les Prussiens n'étaient pas à ce moment de moins grands ennemis pour la France que les Philistins pour les compatriotes de Samson l'Israélite.
—Eh bien! oui, je suis pruzien, répondit Hoffmann, en changeant les cinq s du sectionnaire en un z; après?
—Alors, si tu es prussien, tu es bien en même temps un petit espion de Pitt et Cobourg, hein?
—Lisez mes passeports, répondit Hoffmann en exhibant son volume à l'un des lettrés de la barrière.