—Viens, répliqua celui-ci en tournant les talons pour emmener l'étranger au corps de garde.

Hoffmann suivit ce guide avec une tranquillité parfaite.

Quand, à la lueur des chandelles fumeuses, les patriotes virent ce jeune homme nerveux, l'œil ferme, les cheveux mal ordonnés, hachant son français avec le plus de conscience possible, l'un d'eux s'écria:

—Il ne se niera pas aristocrate, celui-là; a-t-il des mains et des pieds!

—Vous êtes un bête, citoyen, répondit Hoffmann; je suis patriote autant que vous, et de plus, je suis une artiste.

En disant ces mots, il tira de sa poche une de ces pipes effrayantes dont un plongeur de l'Allemagne peut seul trouver le fond.

Cette pipe fit un effet prodigieux sur les sectionnaires, qui savouraient leur tabac dans leurs petits réceptacles.

Tous se mirent à contempler le petit jeune homme qui entassait dans cette pipe, avec une habileté fruit d'un grand usage, la provision de tabac d'une semaine.

Il s'assit ensuite, alluma le tabac méthodiquement jusqu'à ce que le fourneau présentât une large croûte de feu à sa surface, puis il aspira à temps égaux des nuages de fumée qui sortirent gracieusement, en colonnes bleuâtres, de son nez et de ses lèvres.

—Il fume bien, dit un des sectionnaires.