Caramanico resta un instant sans parler, comme s'il eût hésité à troubler le silence de toute cette nature muette; puis enfin, avec un soupir:

—Mon ami, dit-il, je viens te dire adieu, peut-être pour toujours.

San-Felice tressaillit et le regarda en face; il croyait avoir mal entendu.

Le prince secoua mélancoliquement sa belle tête pâle, et, avec une profonde expression de découragement:

—Je suis las de lutter, reprit-il. Je reconnais que j'ai affaire à plus fort que moi; j'y laisserais mon honneur peut-être, ma vie à coup sûr.

—Mais la reine Caroline? demanda San-Felice.

—La reine Caroline est femme, mon ami, répondit Caramanico, par conséquent faible et mobile. Elle voit aujourd'hui par les yeux de cet intrigant irlandais qui, j'en ai bien peur, poussera l'État à sa ruine. Que le trône tombe! mais sans moi. Je ne veux pas contribuer à sa chute, je pars.

—Où vas-tu? demanda San-Felice.

—J'ai accepté l'ambassade de Londres; c'est un honorable exil. J'emmène ma femme et mes enfants, que je ne veux pas laisser exposés aux dangers de l'isolement; mais il y a une personne que je suis obligé de laisser à Naples; j'ai compté sur toi pour me remplacer près d'elle.

—Près d'elle? répéta le savant avec une espèce d'inquiétude.