—Sois tranquille, dit le prince essayant de sourire; ce n'est point une femme, c'est une enfant.

San-Felice respira.

—Oui, continua le prince, au milieu de mes tristesses, une jeune femme me consolait. Ange du ciel, elle est remontée au ciel, en me laissant un vivant souvenir d'elle, une petite fille qui vient d'atteindre sa cinquième année.

—J'écoute, dit San-Felice, j'écoute.

—Je ne puis ni la reconnaître, ni lui faire une position sociale, puisqu'elle est née pendant mon mariage; d'ailleurs, la reine ignore et doit ignorer l'existence de cette enfant.

—Où est-elle?

—A Portici. De temps en temps, je me la fais apporter; de temps en temps même, je vais la voir; j'aime beaucoup cette innocente créature, qui, j'en ai bien peur, est née dans un jour néfaste! et, m'en croiras-tu, San-Felice, il m'en coûte moins, je te le jure, de quitter mon ministère, Naples, mon pays, que de quitter cette enfant; car celle-là, c'est bien l'enfant de mon amour.

—Moi aussi, dit le chevalier avec sa douce simplicité, moi aussi, Caramanico, je l'aime.

—Tant mieux! reprit le prince; car j'ai compté sur toi pour me remplacer près d'elle. Je veux, tu comprendras cela, je veux qu'elle ait une fortune indépendante. Voici, en ton nom, une police de cinquante mille ducats. Cette somme, placée par tes soins, se doublera en quatorze ou quinze ans par l'accumulation seule des intérêts; tu prendras, sur ta fortune à toi, ce qui sera nécessaire à son entretien et à son éducation, et, lors de sa majorité ou de son mariage, tu te rembourseras.

—Caramanico!