»Ton Giuseppe.»
Ceci se passait vers la fin de 1795; Luisa avait dix-neuf ans, et, depuis quatorze ans, n'avait pas vu son père; elle se rappelait son amour, mais non pas sa personne; la mémoire de son coeur avait été plus fidèle que celle de ses yeux.
San-Felice ne lui révéla point d'abord toute la vérité: il lui dit seulement que son père souffrant désirait la voir; puis il courut au môle pour y chercher un moyen de transport. Par bonheur, un de ces bâtiments légers que l'on appelle speronare, après avoir amené des passagers à Naples, allait retourner à vide en Sicile; le chevalier le loua pour un mois afin de n'avoir point à s'inquiéter du retour, et, le même jour, il partit avec Luisa.
Tout favorisa ce triste voyage: le temps fut beau, le vent fut propice; au bout de trois jours, on jetait l'ancre dans le port de Palerme.
Au premier pas que le chevalier et Luisa firent dans la ville, il leur sembla qu'ils entraient dans une nécropole; une atmosphère de tristesse était répandue dans les rues, un voile de deuil semblait envelopper la cité qui s'est elle-même appelée l'Heureuse.
Le passage leur fut barré par une procession; on portait à la cathédrale la châsse de Sainte-Rosalie.
Ils passèrent devant une église; elle était tendue de noir et on y disait les prières des agonisants.
—Qu'y a-t-il donc? demanda le chevalier à un homme qui entrait à l'église, et pourquoi tous les Palermitains ont-ils l'air si désespéré?
—Vous n'êtes pas Sicilien? demanda l'homme.
—Non, je suis Napolitain et j'arrive de Naples.